L’éco-recyclage

 Qu’est-ce que l’éco-recyclage ?

« Faire les poubelles », chiffonnier, biffin, éco-recycleur… Une multiplicité de dénominations possibles pour une même activité : récupérer, trier, réparer et vendre au sein de différents systèmes économiques (marchés aux puces, entreprises de ferrailles, vente à l’international).

Cette activité de subsistance prend ses origines dans une histoire déjà ancienne. Depuis des siècles les déchets de la Cité permettent aux désaffiliés, de manger mais également de tisser des liens sociaux et économiques avec le tissu urbain. Loin d’être des exclus, les biffins, pour être désaffiliés, n’en sont pas moins à l’intersection de différents systèmes économiques ou sociaux. Ils retirent de leur activité les moyens de subvenir à leurs besoins dans une acception large du terme : besoins vitaux, besoins sociaux, relations sociales, réseau de connaissances.

La désaffiliation qui les conduit à vivre de la chine, du recyclage ou du ferraillage maintient et renforce le lien entre le bidonville et la ville. Ce lien est complexe du fait des différentes postures de l’éco-recycleur·euse dans l’espace urbain :

  • Le temps de la chine : la stigmatisation

Le temps de la recherche d’objets et de ferraille est celui de l’identification. Il s’agit de ces instants durant lesquels la majorité des citoyens croisent les biffins dans l’espace urbain, que ce soit à pied ou à vélo. Identifiés comme « faisant les poubelles », ils cristallisent lors de ces moments l’ensemble des stéréotypes rattachés aux déchets : sales, hors de la société, sans utilité, sans utilité. Identifiés par ce qu’ils récupèrent ils sont construits et se construisent peu à peu sur l’image négative qui leur est renvoyée durant ces moments.

  • Le temps de la préparation : le savoir faire

Temps peu visible car ayant lieu à l’abri des regards sur le bidonville, la préparation à la vente représente alors la mobilisation des savoir-faire. Tri des métaux, stockage en vue de la revente ultérieure, valorisation des objets : étamage des instruments de cuisine, nettoyage et réparation des chaussures, montres, ordinateurs, jeux pour enfant… Lors de ces moments les couples travaillent ensemble et choisissent les objets revendus dans les marchés aux puces.

  • Le temps de la vente : le savoir-être

La vente est un moment particulier du système d’éco-recyclage. Mal perçus et stigmatisés le temps de la chine ; invisibles le temps de la préparation, le temps de la vente est de toute évidence ce qu’Ervin Goffman définit comme un processus de socialisation et de subjectivation du fait de l’interaction vendeur/acheteur. C’est au cœur de cette interaction duale que se construit une part importante de la relation système/individu. Ces instants de vente sur les marchés aux puces formels ou informels permettent aux habitants du bidonville de se positionner positivement dans l’espace urbain et la relation aux autres : la posture physique, les passants apostrophés, les négociations de prix, la valorisation d’objets recyclés sont autant de moments qui permettent à l’éco-recycleur d’être perçu et se percevoir comme acteur. Il décide des prix, refuse ou encourage la négociation et tisse des relations sociales par exemple.

 Le statut d’auto-entrepreneur : intérêt pour le travail social

L’activité d’éco-recycleur concerne une majeure partie des personnes accompagnées par les associations présentes sur les bidonvilles, qu’il s’agisse de ferraillage ou de recyclage d’objets.

La façon dont ces personnes s’identifient en un premier temps est négative. En effet, à la question de l’activité de subsistance, les biffins répondent « je fais les poubelles », intériorisant le stigmate et se positionnant négativement dans l’espace urbain et les relations sociales. L’accompagnement vers le statut d’auto-entrepreneur passe par un changement sémantique de l’activité, depuis « je fais les poubelles » vers « je suis éco-recycleur » ou « biffins ». L’utilisation du terme Biffins rattache cette activité de subsistance à l’histoire française depuis plusieurs siècles. Le biffin, le chiffonnier a accompagné le développement de la classe ouvrière et est aujourd’hui une image d’Epinal des rues du Paris populaire. L’éco-recycleur est quant à lui une des réponses apportées aux préoccupations environnementales, les ferrailleurs retraitant plus de deux tonnes de déchets par semaine sur le bidonville du Mas Rouge par exemple. La seconde vie donnée aux téléphones, ordinateurs, jeux pour enfants, chaussures, ustensiles de cuisine ou montres correspond à la course pour la préservation de l’environnement et des ressources naturelles.

L’auto-entreprise est la formalisation d’une activité source de revenus et de lien social. Elle permet une première ouverture de droits aux prestations sociales et familiales sous réserve du paiement des cotisations URSSAF. Ce retour « à la norme », au droit commun, a plusieurs effets :

  • Une exo-identification positive lors des temps de chine et les temps de préparation.

Les contrôles policiers dont sont l’objet les éco-recycleur·euse·s déclaré·e·s n’ont pas les mêmes conséquences que pour un biffin non déclaré. Les premiers ne sont pas accusés de vol contrairement aux seconds.

  • Une réidentification de soi positive.

 Via l’ouverture de droits, le changement de regard porté par les institutions et la possibilité de se définir par un terme non stigmatisant, les éco-recycleur·euse·s peuvent se repositionner positivement dans l’espace public et la relation aux autres.

  • Un accès possible au logement.

La reconnaissance d’un statut déclaré, identifiable et rassurant permet aux personnes d’accéder au logement, notamment via le SIAO. Néanmoins, il se pose alors la problématique de l’accès à un espace de travail. Cela explique en partie la présence régulière sur le bidonville de personnes qui n’y habitent plus.

La difficulté de l’auto-entreprise réside dans la gestion du statut administratif, gestion rendue davantage complexe par la dématérialisation des procédures.  La multiplicité des organismes intervenants rend nécessaire le suivi renforcé des auto-entrepreneurs pour arriver à une gestion autonome. Ce statut est à envisager comme une première étape vers l’insertion socio-professionnelle. Pour une minorité pour qui l’insertion professionnelle n’est pas possible cette activité sera la seule activité professionnelle envisageable en France.

Un projet d’espace de co-working pour éco-recycleur·euses ainsi que des « carrés aux biffins·nes » sur les principaux marchés de la ville, permettrait d’accompagner vers l’insertion socio-professionnelle les nombreux précaires et désaffiliés montpelliérains qui vivent de cette activité en la mettant véritablement en avant des pratiques de recyclage qui répondent aux problématiques écologiques actuelles.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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