Lettre inter-associative au Maire de Montpellier

Le maire de Montpellier, Philippe Saurel a récemment écrit au Ministère de l’intérieur afin de demander des renforts de police et l’expulsion des bidonvilles présents sur le territoire de la commune. Vous trouverez l’article de Midi libre en suivant le lien ci-dessous : http://www.midilibre.fr/2017/08/26/camps-de-roms-a-montpellier-philippe-saurel-perd-patience,1552029.php.

AREA, La Cimade, Médecins du Monde, Amnesty International groupe Montpellier, le Collectif Migrant-e-s Bienvenue 34, Habiter Enfin !, la LDH – Ligue des Droits de L’Homme section Montpellier, le MRAP – Mouvement contre le Racisme et pour l’Amitié entre les Peuples Montpellier et le Planning Familial 34 ont choisi de réagir à cette prise de position sous la forme d’une lettre ouverte. Il nous semble important de réagir et de pointer l’inaction de la municipalité sur la question de la nécessaire résorption des bidonvilles et l’inanité d’une réponse reposant sur l’expulsion des personnes.

Monsieur le Maire,

Dans un courrier au Ministre de l’intérieur, cité par Midi Libre, vous vous plaignez des bidonvilles situés sur la commune de Montpellier. Visiblement fort peu touché par la situation des hommes, des femmes et des enfants qui y survivent, vous ne concluez pas à la nécessité de transformer leurs conditions d’existence. Vous ne réclamez que renforts de police et expulsions.

Nos associations sont une nouvelle fois affligées par ce positionnement. Les bidonvilles dont vous parlez sont présents depuis des années à Montpellier. Les personnes qui y vivent pour certaines depuis plus de dix ans sont aussi vos concitoyennes et vos administrées. Vous ne semblez pourtant voir en eux qu’une gêne et ne vous inquiétez nullement de leur accès à l’eau, à l’alimentation, à l’hygiène, au logement, à l’éducation ou au travail.

Depuis le début de votre mandat, vous avez refusé de dialoguer avec les institutions et les associations pour réfléchir et mettre en place à Montpellier une politique de résorption des bidonvilles. Nos associations vous ont écrit, interpellé à plusieurs reprises, parfois publiquement comme lors de la présentation du rapport sur le mal logement par la Fondation Abbé Pierre, mais vous avez toujours refusé d’entamer un dialogue. L’indifférence des autorités municipales est telle que vous n’assumez pas correctement le minimum que constitue le ramassage des ordures et la mise en place d’un accès à l’eau pour tous ces habitants.

Pourtant, depuis des années de nombreux citoyens engagés ou non dans des associations tentent de prendre en charge cette situation et d’accompagner ces personnes.

Depuis deux ans un programme d’accompagnement vers l’insertion sociale et professionnelle des personnes vivant en bidonvilles porte ses fruits à Montpellier. Ce programme figure d’ailleurs dans le recueil des bonnes pratiques en matière de résorption des bidonvilles recensées par Amnesty International. Malgré des moyens limités, il a permis en deux ans à 10 % des ménages d’accéder au logement et 65 ménages, soit 40 % des personnes accompagnées se sont insérées professionnellement. Solvables, ils sont en recherche d’un logement.

L’État et le Département soutiennent cette initiative. L’Éducation nationale a de son côté créé un poste de médiateur scolaire dont l’action permet aux enfants d’accéder à l’école.

L’action des associations ou de collectifs citoyens se poursuit pour permettre à ces Montpelliérains d’accéder à leurs droits, à la santé, au travail.

Aujourd’hui, malgré une municipalité et une métropole aux abonnées absentes, des avancées, certes insuffisantes au regard des réalités de vie dramatique de ces personnes, émergent et se réalisent.

Non content de n’être pour rien dans ces progrès, vous réclamez aujourd’hui la destruction au plus vite de tout ce long et difficile travail d’accompagnement social. Votre seule réponse est une demande d’expulsion immédiate, irréfléchie et inutile puisque le seul résultat sera l’aggravation des conditions de vie des personnes.

Nous vous invitons à prendre le temps d’examiner les initiatives de la mairie de Strasbourg, ou plus près de nous de la municipalité de Toulouse en matière de résorption de bidonvilles, obtenus grâce à une collaboration entre services de la ville, services de l’État et associations.

Nous vous encourageons donc à participer à la mise en place d’une politique sociale ambitieuse, une « French Social Attitude ». Cette politique doit passer par une concertation avec les institutions (services de l’État, Éducation nationale, Conseil Départemental…) et les associations et collectifs engagés, pour permettre l’élaboration d’une feuille de route définissant des objectifs clairs en matière de résorption des bidonvilles.

Nous restons disponibles.

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