« Roms » , « gens du voyage », « personnes vivant en bidonvilles », de qui parle-t-on ?

Qui sont les « roms » ?

« Roms » ou « rroms » est un terme qui a été adopté en 1971 par l’Union Romani Internationale pour désigner un ensemble de populations. Il englobe des populations qui se désignent ou sont désignées comme « manouches », « gitans », « sinti », « kalés », « bohémiens », « tziganes », « romanichels »… « Rom » qui signifie « homme accompli » en romani, se propose comme une appellation endonyme (mot utilisé pour se désigner dans sa propre langue ) de manière aussi à écarter des termes à connotation péjorative.

« Rom » a donc une connotation politique, est performatif au sens où il nomme ces populations comme constitutives d’un peuple et d’une nation. Cette identité commune, réelle ou suposée, est accompagnée d’un discours sur une culture et une histoire commune.

Ainsi, les origines de la langue romani, qui est constituée de nombreux sous-groupes (par exemple, le Calo parlé par les gitans ibériques) seraient à chercher dans le prakit (dont la langue noble est le sanskrit) qui était parlé par les habitants du Nord de l’Inde avant qu’ils ne migrent. Les historiens ne sont pas tous d’accord sur cette origine commune.

Dans notre travail social quotidien, très peu de personnes se nomment « roms ». Elles se disent parfois « tziganes » en roumain, ou « gitanes » en français comme pour se référer à un groupe connu et reconnu à Montpellier. La majorité des personnes que nous accompagnons font plutôt référence à leur identité nationale, elles sont « roumaines », écoutent de la musique roumaine, cuisinent comme en Roumanie, et soutiennent l’équipe nationale. Cela ne les empêche pas de parfois faire référence à un sous-groupe qui trouve son origine dans des professions jadis exercées (chaudronnier, montreur d’Ours) ou pour se différencier en « roms traditionnels » et « roms roumanisés »

Sur les bidonvilles vivent aussi des personnes non roms, au sens où en Roumanie elles ne sont pas recensées comme roms (à la différence de la France, la Roumanie recense ses minorités nationales)

Et les « gens du voyage », alors ?

L’expression « gens du voyage » est une catégorie juridique du droit français. Elle s’applique aux personnes circulant en France sans domicile ni résidence fixe : la loi du 3 janvier 1969 est intitulée loi relative à « l’exercice des activités économiques ambulantes et le régime applicable aux personnes circulant en France sans domicile ni résidence fixe ». Le droit français ne créant pas de catégories ethniques spécifiques, la composent aussi bien des gitans non sédentaires que des personnes voyageant pour leur activité (forains, travailleurs du cirque…) , et éventuellement des personnes se disant « roms ».

Les gens du voyage sont dans leur grande majorité de nationalité française, et il existe pour eux des dispositifs spécifiques : aires d’accueil, livret de circulation jusqu’il y a peu, scolarisation…

Dans leur très grande majorité les personnes vivant en squats et bidonvilles sont sédentaires et désirent vivre de manière sédentaire : les mouvements des différents campements sont dues aux évacuations.

Qui vit en bidonville à Montpellier ?

Aujourd’hui environ 200 ménages vivent à Montpellier dans un bidonville, ce qui correspond à 600 personnes dont au moins 250 enfants.

Ces familles sont en grande majorité originaires de l’Union Européenne, de Roumanie plus précisément. Le marché du travail français est ouvert aux citoyens européens, et les personnes de nationalité roumaine peuvent sans restriction chercher un travail et vivre en France. S’ils ne résident pas en France, les européens peuvent y circuler librement jusqu’à 3 mois, comme dans tout pays membre de l’espace Schengen.

Les européens n’ont pas accès aux prestations sociales françaises (RSA, Allocation logement, prestations familiales) à moins de résider régulièrement sur le territoire, ce qui signifie dans la grande majorité des situations d’y travailler et d’y avoir des revenus.

12 % des familles vivant en bidonville à Montpellier sont originaires de l’ex-Yougoslavie, souvent du Monténégro. Ces familles ont un parcours migratoire complexe qui trouve fréquemment son origine dans la guerre de Bosnie-Herzégovine (1991 – 1995). Certaines familles ont pu trouver refuge en Italie pendant parfois près de 15 ans, avant d’immigrer vers d’autres pays de l’Union Européenne. Un nombre important de ces familles n’ont pas de papiers pour vivre en France de manière régulière : pour autant ils ne sont pas expulsables puisque aucun pays ne les considère comme ses ressortissants. Leur situation est kafkaïenne : sans-papiers ils ne peuvent pas entamer des démarches d’insertion professionnelle. Les démarches qui relèvent de l’apatridie ou de l’asile sont complexes : elles nécessitent un accompagnement juridique et social sur un temps long.

L’équipe d’ AREA accompagne une famille dont la maman, aujourd’hui âgée de 50 ans, est arrivée bébé en Italie avec ses parents de nationalité croate. Erminia a grandit en Italie,et y a eu 4 enfants. Ses enfants ont étés scolarisés et parlent, tout comme elle, couramment italien. A la suite d’un pogrom dans la région de Naples, où leur caravane sur un bidonville a été incendiée, toute la famille a fuit vers la France.

La Croatie ne considère pas Erminia comme une ressortissante parce qu’elle n’a jamais figuré sur les registres d’État civil. L’Italie ne leur reconnaît pas de droit à la nationalité. Le père des enfants ayant disparu, toute la famille relève aujourd’hui de l’apatridie, et si le statut d’apatride leur est accordé par l’OFPRA, ils seront en situation régulière sur le territoire français et pourront enfin entamer des démarches d’insertion professionnelle.

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