Les rouages de l’expulsion systématique – La Marseillaise

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  • Écrit par  Hélène Gosselin
  • vendredi 20 mai 2016 11:30
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L’Hôtel de police de Montpellier, où les habitants des bidonvilles sont régulièrement convoqués. photo

La police des frontières se rend régulièrement dans les bidonvilles, confisque des pièces d’identités et ne les restitue à leur propriétaire qu’à l’Hôtel de police, assorties d’une obligation de quitter le territoire français. La méthode est devenue systématique depuis trois mois. Reportage au commissariat de Montpellier aux côtés de cinq Roumains convoqués.

Ce mercredi après-midi, cinq Roumains, vivant dans un des bidonvilles de Montpellier, sont convoqués à l’Hôtel de police. Le soleil est haut à 13h50 lorsque les premières femmes commencent à arriver, silencieuses, et se présentent au guichet. L’accueil se remplit de visages soucieux et blasés. On parle bas. On attend. Le matin-même six de leurs compatriotes, ont déjà défilé dans les locaux. Deux travailleuses sociales et une médiatrice santé de l’association Area sont venues les soutenir.

Deux policiers s’installent à un coin de table, dans un angle du hall d’accueil, sans aucune confidentialité, et appellent la première personne convoquée, Anna*. Ils la connaissent comme ils connaissent la plupart des personnes qui vivent dans les bidonvilles, pour les avoir questionnées souvent.

« Certains d’entre nous commencent même à parler quelques mots de roumain », sourit, sincère, l’un des agents.

Anna reste debout, à côté de la traductrice, assise, qui lui explique rapidement le contenu du document qu’elle doit signer. Elle a un mois pour quitter le pays. Mais un « conseil » se glisse dans la traduction : obtenir un visa longue durée. « C’est faux depuis 2014, bondit Laura, médiatrice santé pour Area et Roumaine elle-même. Les citoyens européens n’ont plus besoin de carte de séjour, mais d’un emploi pour rester en France au-delà de trois mois. » Anna proteste avec force, elle explique : « Je suis revenue de Roumanie il y a seulement un mois. » Mais là aussi la loi a évolué. « Maintenant vous avez le droit de rester trois mois dans les six mois », lui précise l’agent. Une façon de couper court aux allers-retours au-delà de la frontière, avec, à terme, le risque de se voir délivrer une interdiction définitive de revenir sur le territoire français.

Ainsi défilent les cinq personnes convoquées. Toutes repartent avec une obligation à quitter le territoire français (OQTF), quasiment similaire. Certaines sont pourtant en situation régulière incontestable. « Lors de la dernière vague, un homme ayant cumulé sept contrats d’intérim et avec un dossier de sécurité sociale et des droits à Pôle emploi en a reçu une. Nous avons déposé un recours, précise Ouidad. Le problème est que l’OQTF remet tous les compteurs à zéro »…

« C’est un contrôle au faciès »

Depuis le mois de mars, la scène est devenue routinière dans le hall du commissariat, comme dans les bidonvilles, où un peu plus d’une fois par mois, de bon matin, la police des frontières, débarque. Elle interroge les personnes présentes par l’entremise d’un interprète, et confisque des pièces d’identité en échange d’une convocation à l’Hôtel de police.

« La pièce d’identité tient lieu de document de voyage. Normalement on pourrait confisquer celle de tout étranger, Roumain, Italien ou Espagnol…, mais on ne le fait pas. Ensuite la préfecture examine les dossiers et, s’il y a lieu, délivre une Obligation de quitter le territoire », explique le policier, dans la discussion. « C’est donc un contrôle au faciès », souligne Ouidad. Et quand la police se permet de confisquer une carte d’Aide médicale de l’Etat, qui ouvre l’accès aux soins aux étrangers en situation irrégulière, ce n’est plus seulement « border-line », c’est carrément illégal.

Finalement pour le ministère de l’Intérieur, les Roms sont une aubaine : d’un côté on brandit à l’Europe les bonnes intentions pour leur insertion, d’un autre ils offrent une solution facile pour remplir les quotas d’expulsion : on sait où les trouver, leur pays ne criera pas à la discrimination et ils reviennent presque toujours.

Hélène Gosselin

 

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